En suivant la route qui relie Pernes à Aumerval, dans l’Artois, il suffit de prêter un peu attention au bas-côté pour découvrir un étrange rocher. C’est la pierre du Pas de Saint-Martin, un bloc de grès longiligne, aux formes singulières, presque semblables à une tête de cheval. Sur sa surface, deux marques intriguent depuis toujours : une empreinte profonde de sabot et, plus discrète, une trace de pied humain.
Hasard de l’érosion ? Jeu d’enfants d’autrefois ? Ou bien marque surnaturelle ? Ici, la pierre nourrit l’une des plus étonnantes légendes de l’Artois.
Le pas du cheval de Saint Martin creusé dans la roche – Crédit photo Nord Découverte
La tradition raconte que la trace dans la pierre est celle laissée par le cheval de Saint-Martin, futur évêque de Tours. Poursuivi par des soldats romains, le saint prit la fuite à bride abattue. Arrivé dans la région de Pernes, son cheval bondit d’un seul élan jusqu’à Bellimont, situé à plusieurs kilomètres de là.
Un saut si prodigieux qu’il marqua la roche d’une empreinte indélébile. Mais ce bond eut aussi une conséquence inattendue : dans son élan, le cheval renversa le clocher de l’église de Pernes, situé à trois kilomètres. Depuis ce jour, le clocher ne fut jamais reconstruit.
Saint Martin et son cheval donnant la moitié de son manteau à un pauvre – Crédit photo Wikipédia
Depuis des siècles, voyageurs et pèlerins connaissent bien la pierre. La coutume voulait que l’on glisse son pied dans la cavité du rocher : on disait alors que toute trace de fatigue disparaissait aussitôt. Ainsi, le pas de Saint-Martin n’était pas seulement un souvenir légendaire, mais aussi un remède miraculeux pour les marcheurs.
Le Pas de Saint-Martin d’Aumerval n’est pas une exception. Dans de nombreuses régions, on retrouve des pierres marquées d’empreintes que la tradition attribue à Saint-Martin ou à sa monture. Sabots de cheval, pieds humains, parfois même empreintes plus étranges, comme celles des fesses de l’animal : une vingtaine de lieux portent encore ces marques.
Ces pierres légendaires sont souvent liées à des sources ou fontaines miraculeuses : l’eau qui s’y accumule était censée soigner les maux ou porter bonheur à ceux qui y faisaient une offrande.
Le paradoxe est savoureux : Saint-Martin, dans sa vie, mena un combat acharné contre les cultes païens qui vénéraient les pierres, les sources et les arbres. Pourtant, après sa mort, ce sont justement ces anciens lieux de croyance qui ont été recouverts de son nom et de sa légende. Ainsi, la christianisation des campagnes s’est faite par superposition : aux anciennes divinités des eaux et des rochers succédaient les saints, et parmi eux, Saint-Martin, l’un des plus populaires de France.
Encore aujourd’hui, il est célébré autour du 11 novembre, notamment en Flandre et à Dunkerque, où processions et cortèges rappellent son héritage.
Faut-il croire à la légende ? Les archéologues rappellent que de telles cupules et cavités dans le grès pouvaient être creusées volontairement, ou s’élargir au fil des siècles sous l’effet de l’érosion, du passage répété des voyageurs, voire d’un petit travail de retaillage par les habitants eux-mêmes.
Mais qu’importe au fond l’origine : ces pierres sont devenues des supports d’imaginaire collectif, où diables, saints, fées et animaux fantastiques viennent encore hanter nos paysages. Depuis toujours, les pierres inspirent des légendes, comme les Pierres du Diable, le Galet de Gauchin ou le Dolmen de la table des fées.
Comme le Pas de Saint-Martin, de nombreuses histoires peuplent encore l’Artois et le Nord de la France. Venez les revivre avec nous dans notre spectacle Récits Oubliés, où les pierres parlent, les saints bondissent et les mythes reprennent vie.
Photographie du spectacle Récits Oubliés à Ferfay – Agence Welkom, tous droits réservés
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